Le prix pour distinction universitaire en géographie
Geraldine Pratt

En reconnaissance de sa contribution intellectuelle continue et persistante à la géographie en général et à la géographie féministe en particulier, et grâce à une gamme d'activités comprenant notamment la publication d'articles, l'encadrement d'étudiants aux cycles supérieurs et l'édition, la docteure Geraldine Pratt est lauréate du Prix pour distinction universitaire en géographie.

Gerry Pratt a défini et redéfini les contours disciplinaires de la géographie occidentale féministe en Amérique du Nord. Elle a eu un effet énorme sur la discipline. Par exemple, malgré le fait que le Web of Science met en ligne un faible nombre de revues féministes, les travaux de Gerry sont cités à plusieurs reprises. La géographie féministe s'est développée en grande partie grâce à son érudition rigoureuse, vaste, accessible et pénétrante. Plusieurs de ses articles ont été publiés dans des recueils et anthologies en géographie sociale, culturelle et humaine, et d'autres ont été traduits en langues étrangères. Sa contribution à l'ouvrage collectif Dictionary of Human Geography est
aujourd'hui une référence pour les chercheurs à toutes les étapes de leur carrière universitaire. Elle a agi à titre de directrice principale et membre de jury pour plus de 75 étudiants des cycles supérieurs qui sont maintenant des chefs de file dans des domaines de connaissances importants en géographie sociale, culturelle et politique.

À partir de 1988, Gerry s'est associé à Susan Hanson en vue de publier une série d'articles scientifiques qui portent sur un éventail de sujets d'intérêt en géographie tels que la ségrégation professionnelle, les liens entre la famille et le travail, et la géographie intra-urbaine des classes sociales et qui reposent sur des données probantes recueillies dans le cadre d'une enquête menée à Worcester au Massachusetts. Les éléments de preuve tirés de cette série ont permis des avancées théoriques majeures et à Gerry et Susan d'apporter leur contribution aux multiples débats qui traversent la géographie urbaine et féministe. Un volume intitulé Gender, Work and space reprend ces travaux et constitue en soi une contribution unique. Elles ont rassemblé des informations sur ce qu'elles nomment « les histoires relatives au confinement » (containment stories) - qui présentent des exemples illustrant la manière dont la vie des femmes est confinée à l'intérieur de limites spatiales exiguës - mais elles soulignent également à quel point le lieu peut apporter des précisions à ces généralisations. Dix ans après sa sortie, ce livre est une référence incontournable dans le domaine des études sur le genre et le milieu de travail.

Au-delà du rôle prépondérant qu'elle exerce au niveau de la théorie féministe en géographie et dans les autres domaines des sciences humaines, le travail de Gerry a été avant toute chose d'élaborer et de pratiquer des méthodologies féministes. Celles-ci se définissent en fonction d'une volonté de s'élever contre les rapports de pouvoir traditionnels qui caractérisent le milieu de la recherche universitaire, et de créer des conditions équitables pour les participants au projet de recherche.  Cette volonté est mise en évidence notamment dans le cadre des travaux menés par Gerry au Centre des femmes des Philippines où elle est engagée depuis 1995 auprès de travailleuses domestiques qui fréquentent ce Centre dans le but de les amener à raconter leurs histoires à leur façon tout en préservant l'intimité, la complexité et la force de leurs propos. Gerry a écrit des documents de recherche ou de discussion en collaboration avec le Centre, et les actions et les recherches qui ont été réalisées conjointement leur ont permis d'obtenir du financement et de mener des projets de recherche communautaires. Dans son livre Working Feminism paru récemment et qui s'inspire en partie de ce travail, Gerry aborde les concepts principaux et les débats internes à la théorie féministe en lien avec les véritables problèmes auxquelles sont confrontées les travailleuses domestiques philippines.

Depuis 1993, Gerry est la rédactrice en chef de la revue Environment and Planning D: Society and Space qui, sous sa houlette, est devenue une référence de premier plan en géographie. Son style rédactionnel est d'une grande profondeur et acuité intellectuelle et vise à stimuler une discussion constructive et passionnée. Gerry a aussi soutenu le lancement de la revue Gender, Place and Culture, qui est sortie en 1994 et, contre toute attente, est devenue la revue phare de la géographie féministe en Amérique du Nord. Gerry a garanti sa réussite par ses articles publiés dans le premier numéro et dans ceux parus ultérieurement et à titre de membre du comité de rédaction.

Gerry a toujours laissé sa porte grande ouverte aux étudiants et professeurs à la recherche de conseils professionnels et personnels pour les aider à franchir les méandres parfois hostiles de la vie académique, de son système bureaucratique, de l'incertitude et de l'angoisse. Sans se faire remarquer et sans attente de remerciements, Gerry a trouvé des façons de laisser tous ces gens s'exprimer comme ils l'entendent et de se tailler une place dans le milieu universitaire. Par ailleurs, elle a parlé au nom des étudiantes et collègues lors de réunions de professeurs et de forums départementaux ou universitaires, ainsi que dans ses propres écrits. Grâce à son soutien, son expertise et l'usage stratégique qu'elle fait de son poste, Gerry a veillé à ce que la géographie (et le milieu universitaire) se transforme en une communauté de chercheurs plus diversifiée, accueillante et tolérante.

Par toutes ces activités, Gerry a contribué à la création d'un espace, ou plutôt, d'un lieu, un foyer intellectuel et une communauté collégiale pour l'ensemble des femmes œuvrant dans le domaine. Il s'agit sans doute de sa contribution la plus importante et durable aux travaux scientifiques en géographie. En reconnaissance de sa contribution, nous aimerions lui décerner ce prix.