La carrière professionnelle de Dre Joan M. Schwartz se démarque des autres géographes (elle a obtenu un baccalauréat avec mention de l’Université de Toronto en 1973, une maîtrise de l’Université de la Colombie-Britannique en 1977 et un doctorat de l’Université Queen’s en 1998). Elle a occupé des postes et travaillé dans des domaines qui sortent nettement du cadre d’application de la géographie. Ainsi, elle a contribué à la réduction du fossé professionnel et disciplinaire en faisant valoir auprès des géographes historiques et culturels l’importance de l’image et des fonds d’archives et en sensibilisant les archivistes, photographes, artistes et historiens de l’art sur les questions qui relèvent de la géographie.
C’est en 1977 qu’elle conteste la validité des pratiques d’embauche du Gouvernement du Canada et accède au poste d’archiviste aux Archives publiques du Canada (service des acquisitions photographiques et de recherche). Puis, elle a poursuivi une carrière remarquable aux Archives nationales du Canada qui lui ont décerné le Prix du 125ème anniversaire soulignant son apport à l’institution et à la profession. Son couronnement à titre d’archiviste est survenu lorsqu’elle s’est vue mériter une promotion au poste le plus prestigieux d’archiviste et de chercheur en histoire qu’offre la fonction publique canadienne. Notons qu’avant d’accéder au poste, son dossier a fait l’objet d’une évaluation par les pairs.
Elle est une scientifique d’une grande originalité qui a beaucoup publié et qui, de manière générale, permet de soutenir les recherches et les apprentissages de chacun. Elle a défriché le terrain pour effectuer des études plus en profondeur et améliorer la compréhension du rôle puissant que les images visuelles jouent dans l’expérience vécue du lieu. En combinant ses compétences de géographe et l’expérience acquise comme archiviste et historienne de la photographie, elle a fait progresser les connaissances théoriques qui ont contribué autant à l’avancement des études portant sur les liens qui existent entre la photographie et la géographie qu’à déterminer quelles sont les questions les plus importantes à aborder en matière d’analyse historique et critique des archives visuelles. Elle a dirigé un ouvrage précurseur issu de sa thèse de doctorat en collaboration avec James R. Ryan. Publié en 2003 par les éditions IB Tauris, Picturing Place: Photography and the Geographical Imagination tente de redéfinir le domaine d’études sur les liens entre les images photographiques et l’imagerie géographique. Des scientifiques et conservateurs de renommée provenant de champs de connaissances divers ont contribué à cet ouvrage collectif qui s’adresse à un vaste lectorat se spécialisant dans plusieurs disciplines et qui porte essentiellement sur la force des photographies dans la conceptualisation du lieu. La critique a été positive dans les principales revues de géographie telles que Annals of the Association of American Geographers, Le Géographe canadien, Gender, Place and Culture, Area, Journal of Historical Geography ainsi que dans les revues réputées et spécialisées en études des archives, en histoire de la photographie et en histoire. L’ouvrage constitue déjà une référence incontournable qui prépare la voie sur laquelle les recherches dans ce domaine s’orienteront.
En 2003, malgré n’avoir jamais suivi une formation en histoire de l’art, Dre Schwartz s’est fait nommer au poste de National Scholar au Département des arts de l’Université Queen’s, devenant ainsi peut-être l’unique géographe a enseigné dans un programme d’études en histoire de l’art au Canada. Dans sa méthode d’enseignement, elle propose des cours sur l’histoire, la théorie et la critique de la photographie qui offrent une vue d’ensemble des questions relatives à l’espace et au lieu, proposent un recueil de travaux et documents de géographie, et mettent en perspective l’influence de la photographie sur le voyage, l’exploration et la construction de la géographie de l’imaginaire.
Menant une trajectoire professionnelle hors du commun, elle a été en mesure de contribuer non seulement à l’avancement de la géographie d’une manière particulièrement remarquable, mais également à orienter la recherche et alimenter les débats académiques. C’est pourquoi elle est la candidate toute désignée pour recevoir le Prix de géographie au service du gouvernement ou des affaires décerné par l’Association canadienne des géographes.
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