

Samantha Page
Spécialiste principale en résilience climatique et Responsable (International) au Climate Risk Institute
Je suis spécialiste principal en résilience climatique et responsable des activités internationales au Climate Risk Institute, où je dirige et mets en œuvre un portefeuille de projets d'adaptation au changement climatique au Canada et à l'étranger. Mon travail porte principalement sur l'évaluation des risques climatiques, les infrastructures résilientes et le financement climatique, en mettant l'accent sur la traduction des connaissances techniques en matière de climat en actions concrètes. Une partie essentielle de mon rôle consiste à concevoir et à obtenir le financement de projets à fort impact en transformant des données scientifiques complexes sur le climat en solutions finançables et réalisables. Cela inclut l'élaboration de stratégies de financement climatique, la promotion de mécanismes innovants tels que les cadres de bénéfices liés à l'adaptation, et la création de programmes nationaux et internationaux de renforcement des capacités. Je travaille en collaboration avec les gouvernements, les banques de développement et les communautés pour établir des partenariats, harmoniser les priorités et mobiliser des investissements dans l'adaptation au changement climatique. Je conçois et anime également des initiatives de formation et de renforcement des capacités destinées aux professionnels, contribuant ainsi à combler le fossé entre les connaissances techniques et leur application pratique afin que les considérations climatiques soient

intégrées de manière significative dans les processus décisionnels.
1. Avez-vous des conseils à donner aux chercheurs en début de carrière qui souhaitent s'établir dans le domaine de la géographie?
L'une des leçons les plus importantes de ma carrière est que la réussite en géographie — en particulier dans des domaines appliqués comme l'adaptation au changement climatique — repose en grande partie sur des compétences qui vont au-delà des connaissances techniques. Une grande partie de mon travail quotidien consiste en gestion de projet, animation, création de partenariats, budgétisation, communication et réflexion stratégique. Ces « compétences appliquées » sont essentielles et souvent sous-estimées au début de la carrière. J'encourage également les chercheur.euse.s en début de carrière à prendre activement contact avec des personnes occupant des postes qui les intéressent. Une simple discussion autour d’un café virtuel peut ouvrir des portes, clarifier les choses et créer des liens significatifs. Il est important de ne pas attendre de se sentir comme un expert. Impliquez-vous tôt dans des projets concrets, même à petite échelle : l’expérience est souvent l’atout le plus précieux que vous puissiez acquérir. Parallèlement, il est essentiel d’apprendre à traduire la recherche en informations claires et exploitables pour les décideurs. Enfin, privilégiez le progrès plutôt que la perfection. Notre travail est souvent itératif, et être capable de faire avancer des idées, de les tester et de les affiner au fil du temps est bien plus précieux que d’attendre que quelque chose soit parfait.
2. Quelles sont les compétences que vous auriez aimé acquérir au cours de vos études qui vous auraient aidé sur le marché du travail actuel?
Avec le recul, j’aurais aimé acquérir plus tôt de solides compétences en gestion de projet. J’ai passé la grande majorité de ma carrière à travailler sur des projets, mais de nombreux diplômé.e.s entrent sur le marché du travail avec de solides connaissances techniques, mais une expérience limitée en matière de gestion des délais, des budgets et des livrables.
La facilitation et la collaboration sont également des compétences essentielles. La géographie porte fondamentalement sur la relation entre les personnes et les lieux, et pour mener à bien un travail significatif dans ce domaine, il faut être capable de rassembler des groupes diversifiés, de concilier différentes perspectives et de co-créer des solutions.
Une chose qui a fait une différence significative pour moi a été de participer à un stage en alternance. Acquérir une expérience pratique avant d’obtenir mon diplôme m’a aidé à combler le fossé entre l’apprentissage académique et le monde du travail, et je recommande vivement cette voie à d’autres.
3. Qu'est-ce qui vous a motivé à poursuivre une carrière en géographie?
Mon intérêt pour la géographie s'est manifesté très tôt. J'ai grandi en passant beaucoup de temps dans la nature et j'ai toujours ressenti un profond désir de protéger le monde naturel. À l'âge de huit ans, j'ai même écrit une lettre à McDonald's pour leur demander pourquoi ils procédaient à la coupe à blanc de la forêt tropicale pour y faire paître du bétail.
Au départ, j’ai suivi des études d’ingénierie environnementale à McGill, pensant que résoudre les problèmes environnementaux par des solutions techniques serait la voie qui me convenait. Cependant, je me suis rapidement rendu compte que ce n’était pas le bon choix. La géographie s’est imposée comme une discipline qui me permettait de mieux comprendre les interactions complexes entre les systèmes environnementaux et humains, tout en offrant la flexibilité nécessaire pour travailler de manière interdisciplinaire et me concentrer sur l’impact concret sur le monde réel.
L’une des choses que j’apprécie le plus dans la géographie, c’est sa polyvalence. Mes collègues ont poursuivi des carrières dans la planification des transports, la gestion des urgences, la politique, la finance, l’urbanisme, l’éducation, le droit, et bien d’autres domaines encore. C’est un domaine qui ouvre la voie à un large éventail de parcours professionnels significatifs et porteurs d’impact.
4. Pouvez-vous nous parler d'un moment ou d'un projet important de votre début de carrière qui a eu un impact profond sur votre recherche?
Au début de ma carrière, j’ai travaillé comme coordinatrice côtière au sein de l’Ecology Action Centre à Halifax, où j’ai contribué aux efforts visant à faire progresser la politique de protection du littoral dans toute la Nouvelle-Écosse. À l’époque, je ne croyais pas vraiment en ma capacité à influencer l’évolution des politiques.
Cependant, grâce à ce travail – et avec le soutien de mentors solides –, j’ai vu le gouvernement provincial adopter un programme qui prévoyait notamment l’adoption de la Loi sur la protection du littoral de la Nouvelle-Écosse. Cette expérience a marqué un tournant pour moi. Elle m’a conforté dans l’idée que, même au début de sa carrière, on peut avoir un impact significatif et que nos contributions peuvent contribuer à façonner des résultats politiques concrets.
5. Quels conseils donneriez-vous aux chercheurs en début de carrière qui affrontent les défis du monde universitaire et de la recherche?
Le milieu universitaire joue un rôle important, mais ce n’est pas la seule voie possible. Il existe de nombreuses possibilités de mettre la recherche en pratique sur le terrain. Je pense qu’il est important de se demander dès le début si l’on souhaite rester dans le milieu universitaire, s’orienter vers des activités appliquées, ou trouver un moyen de concilier les deux.
Il est extrêmement utile de rechercher des mentors qui exercent le type de métier auquel vous aspirez – et pas seulement ceux qui publient dans votre domaine. Ils peuvent vous donner un aperçu des différentes voies professionnelles et vous aider à prendre les bonnes décisions tout au long de votre parcours.
6. Pouvez-vous donner des exemples de la manière dont les résultats de vos recherches ont été appliqués à des situations réelles ou à l'élaboration de politiques?
Tout au long de ma carrière, je me suis attaché à traduire la recherche en applications concrètes. J'ai notamment dirigé l'élaboration de stratégies de financement climatique visant à aider les gouvernements à accéder aux fonds d'adaptation et à les mettre en œuvre, comme en Somalie.
Au niveau municipal, j'ai contribué à l'intégration de la résilience climatique dans la planification des infrastructures et les décisions d'investissement, notamment auprès de la municipalité régionale d'Halifax. J'ai également conçu et dispensé des programmes de formation destinés aux professionnel.le.s des infrastructures à travers le Canada, contribuant ainsi à intégrer les considérations relatives aux risques climatiques dans les pratiques d'ingénierie et de planification.
De plus, j'ai contribué à des processus politiques nationaux et régionaux, notamment à des évaluations des risques climatiques et à des cadres d'adaptation dans les régions nordiques et côtières, aidant ainsi à garantir que la recherche éclaire la prise de décision à plusieurs échelles.
7. Y a-t-il des conférences, des revues ou des ressources spécifiques que vous recommandez pour vous garder au courant des tendances et des recherches les plus récentes dans le domaine de la géographie?
Du point de vue du changement climatique, je trouve qu’un mélange de ressources issues de la recherche et axées sur les praticien.ne.s est particulièrement utile. Le « Climate Brief » de l’Institut canadien du climat offre des analyses accessibles et fondées sur la recherche concernant les impacts climatiques au Canada.
Des conférences telles qu’Adaptation Canada (qui aura lieu à l’automne 2026 !) et des forums comme le Livable Cities Forum de l’ICLEI sont d’excellents moyens d’entrer en contact avec des praticiens et de se tenir au courant des pratiques émergentes. Les événements organisés par le Resilient Cities Network sont également précieux pour tirer des enseignements des expériences et des innovations mondiales.
8. Selon vous, quel est l'avenir du domaine de la géographie, en particulier en ce qui concerne les technologies et méthodologies émergentes?
Les progrès réalisés dans le domaine des données géospatiales, tels que l'accès plus facile aux modèles numériques d'élévation et de surface, nous permettent de mieux cerner les risques et de prendre des décisions éclairées. Les technologies émergentes, notamment l'intelligence artificielle, continueront d'améliorer la manière dont nous analysons et exploitons ces données.
Parallèlement, on observe une croissance significative du financement climatique, en particulier dans le domaine de l'adaptation. Les besoins en matière d'adaptation dépassent largement les niveaux de financement actuels, et les géographes joueront un rôle clé dans la conception de solutions qui soient non seulement techniquement solides, mais aussi viables sur le plan financier. Il sera essentiel de faire le lien entre la science, la politique et la finance pour combler ce fossé et faire progresser une action climatique significative.
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